Brief von Beausobre an Formey (8)

Monsieur

 

La précieuse bienveillance, dont il vous a plû, Monsieur, de m'honorer, m'est un sur garand de la bonté avec la qu'elle vous daignerez bien recevoir les voeux sincères, que je fais pour votre conservation si utile et si nécessaire au monde pensant.

J'ai appris avec le plus grand plaisir du monde le bon état de votre santé, de la bouche de M. Baumgarten, qui enfin s'est rendû à nos voeux, après une cruelle absence de 15 jours. Mais si c'est là un plaisir, que sera ce de l'espérance, dont on nous flatte, Monsieur, de vous voir ici vers l'automne prochaine [sic]? Cet heureux tems puisse-t-il approcher bien vite!

Comme j'ai sentis la necessité de bien entendre le langage du païs, j'ai accepté avec joie l'honneur que M. De Steinvehr [?] m'a fait de me recevoir membre de la Société Allemande, c'est sous ce digne chef que plusieurs personnes tachent [ page 9] de se perfectionner tant par rapport à la langue que par rapport aux beaux-arts.

Croiries vous, Monsieur, qu'il se put trouver ici d'autres bons Pères qui déclament contre la Métaphysique! Rien pourtant de plus vrai; et qui plus est ce sont Messieurs les docteurs en Médecine et leurs disciples, eux qui en auroient, après les Théologiens le plus de besoin.  Cependant animes d'un [...] hors de lieu ils ne montent sur la chaire, que pour porter des coups à cette sublime science; vous pouvez bien penser, Monsieur, que ce n'est qu'à leur honte. J'ai été présent à une de ces déclamations, j'ai été du jeu, mais par bonheur les rieurs ont été pour moi; j'étois chez Monsieur Ancillon (?) ou nous soupames avec le Colonel de Sastrou [?], et M. Le docteur de Bergen. Le premier, homme savant et rempli d'esprit, me fit l'honneur de s'entretenir avec moi un moment sur l'étude des mathématiques, j'eu le malheur d'avancer que cette science tirait des principes généraux de l'ontologie; c'en fut assez pour faire trembler toute la faculté, et mettre un de ses membres en action; il me taxa, je veux dire M. De Bergen, de debiter des chimeres, et me demanda, d'un ton ironique, si j'ignorois donc les math: avaient fleuri avant qu'on pensat à la métaphysiq, si je ne savois pas que la plupart des sciences mathématiques, comme l'hydro[...], tiroient des principes de la Physique.

Oui, dis-je, ces sciences sont traitées plus au long dans la Physique, on y explique plusieurs choses à cet égard, mais la Physique d'où tire-t-elle ses principes, si ce n'est de l'ont: de la form: point de Physiciens, point de médecins véritablement profonds et théorétiq sans une parfaite connoissance, sinon de la Métaph: entière, du moins de plusieurs de ses parties. J'étois toucher l'endroit sensible, et j'avois, je l'avoue, repondu en jeune homme: mais que faire? Le bon Droit m'animoit, et je n'avois pas encore de [...] pour rivaux [?]. Mais à quoi bon, Monsieur, vous arretter à dire des choses que je dois apprendre de vous, et dont j'ai déjà eu le bonheur d'apprendre une partie; pardonnez à la démangeaison de vous écrire que n'égale pourtant pas celle que j'ai de vous assurer, Monsieur, du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être

Monsieur

votre très humble et très obéissant serviteur

L. de Beausobre.

Francfort sur l'Oder

ce 30 Xbre

1749

P.S.: Ma mère, et ses familles ici qui vous honorent infiniment, Monsieur, m'ordonnent de vous faire mille compliments.

 

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