Brief von Beausobre an Formey (4)

Monsieur

 

Permettez que je vous arrache, Monsieur, un moment à vos occupations pour vous faire penser à un de vos Auditeurs, qui par l'eloignement n'a rien perdu de la haute idée, qu'il a si justement concû de vous, et de l'attachement inviolable qu'il a pour votre personne. Heureux s'il pouvoit vous en donner les marques les plus sensibles.

Vous ne vous imagineriez jamais, Monsieur, tout ce que j'ai souffert en quittant Berlin; un cruel mal de dents ne cessoit de me rappeller la foiblesse de l'homme, et mon esprit inquiet ne me représentoit que ce que je perdois, & non ce que pouvois trouver. C'est dans ces dispositions, qu'après 18 heures de chemin je suis arrivé ici tout couvert de poussiere, dont le vent charitable avoit eu la bonté de me couvrir au cas que je vinsse à avoir trop froid. L'aimable famille Causse, qui vous fait bien des

5) compliments, m'a bientôt fait oublier mes souffrances, je suis plus gaï que jamais.

J'ai commencé mon apprentissage par voir la cérémonie de l'élévation d'un Professeur au Magnificentiat. Je ne scai si mon goût est dépravé, mais je m'ennuie mortellement aux heures de quelques uns de nos professeurs; et en effet, Monsieur, que penseriez-vous d'un homme qui pour égayer une matiere, prend une vieille vache pour comparaison, et nous en entretient pendant une demi-heure. Monsieur Baumgarten nous lit le Droit de nature, dommage qu'il est trop diffus, si cela continue il nous faudra 2 ans pour achever ce cours. On ne lit ny métaphysiq, ni physiq ce semestre-ci, je n'ai pû me résoudre à écouter la logique de Mr Baumgarten : cependant pour ne point perdre de vue une science sans le secours de la qu'elle on étudie en vain, j'ai pris la résolution de lire le grand ouvrage de Wolf avec l'aide du Seigneur : voudriez-vous bien, Monsieur, m'honorer de vos conseils à cet egard, et faire partir de votre cabinet un rayon de vos lumières, pour éclairer les ténèbres du lieu que j'habite ; soyez persuadé, Monsieur, au reste, que je garderai même au dela du tombeau, tous les sentiments de zele, de respect, et de dévouement, avec lesquels j'ai l'honneur d'etre,

Monsieur

[...]

ce 29 avril

1749

                                                                                        Votre tres humble et tres  

                                                                                       obeissant serviteur

L. de Beausobre

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